Madame de La Guette

Mme de La Guette

« Il revint donc de l’armée dans le temps que l’on conduisit madame la duchesse de Lorraine à Paris, où il eut l’honneur de l’accompagner ; et aussitôt après il vint chez nous pour poursuivre son dessein et faire sa déclaration à mon père, qui le recevait toujours parfaitement bien, ne sachant point le sujet de ses visites, qui durèrent encore quelques temps, jusqu’à ce qu’enfin il parlât tout de bon. Mon père l’écouta attentivement, et ensuite lui fit le remerciement le plus honnête qu’il put, lui disant qu’il était fort fâché de ce qu’il ne le pouvait accepter, parce qu’il s’était engagé de parole à un autre, et le supplia de n’y plus songer davantage, et lui dit qu’il lui aurait toujours la dernière obligation et que j’étais une personne qui ne le méritait pas. Mais comme le sieur de La Guette était l’homme du monde le plus violent, il reçut ce refus d’une étrange manière. Il se mit à jurer et à tempêter horriblement, disant qu’il saurait bien dégager mon père de sa parole. Mon père, qui n’était pas d’humeur à souffrir de tels emportements, lui repartit qu’il n’en serait point autre chose. Tout ce tintamarre-là dura plus d’une heure dans son cabinet : l’un à déclarer ses sentiments, l’autre à les combattre. Ma mère et moi nous étions dans une salle en attendant le retour du cavalier ; il y entra avec la plus grande furie du monde, disant que mon père l’avait refusé, mais qu’il se saurait bien satisfaire et qu’il était résolu de tuer jusqu’à la septième génération, et qu’il commencerait par moi. Ces fleurettes-là n’auraient pas été fort agréables à une personne qui aurait eu de la timidité ; mais cela ne me servait qu’à le considérer davantage, puisque je jugeai par là qu’il m’aimait d’une façon tout extraordinaire, et que l’excès de son amour lui faisait dire toutes ces choses. »

« Mémoires de Madame de La Guette écrits par elle-même », Mercure de France, 1982, pp. 47-48.

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10 réponses à to “Madame de La Guette”

  • Olipien:

    Curieuse femme. Je me souviens que vous m’aviez parlé de ce livre il y a quelques temps. Il semblerait qu’il soit question des Femmes et de leurs « devoirs » plus que de leur amour.

    Mais il a été dit que ces Mémoires sont un beau témoignage.

    Merci pour l’extrait.

  • Je ne poste pas à chaque fois, mais je lis toujours tes extraits avec un énorme intérêt. Merci.

  • Mathieu:

    @ElleN Merci pour ton commentaire. Je suis très heureux que cela vienne d’une femme.

    La femme qui se sait toujours inconsciemment ou consciemment avoir une grande influence sur son ou un homme en use d’une bien mauvaise façon généralement, la même chose pouvant être dite dans l’autre sens aussi bien entendu. Exalter l’autre à être fort plutôt qu’à être son valet est selon moi le seul ordre que l’un et l’autre peuvent se donner. Je me prend à songer à ces braves femmes spartiates ou germaniques des sagas ou de la Germanie de Tacite.

    Et cela me mène à ce que je voulais répondre à Olipien : si l’on quitte le « devoir en soi », soit il n’y a plus rien à part l’ego, c’est le cas de notre société contemporaine, soit il reste l’amour, et « devoir en conscience » est amour pour moi. L’attirance prise seule mène à la soumission, en conscience elle mène à l’amour véritable et de là vient le devoir qui est avant tout Honneur, parce que fidélité… Mais fidélité autre que la catholique.

    C’est un très beau témoignage que j’ai découvert par l’intermédiaire de Dominique Venner. Ces mémoires commencent ainsi :

    « Ce n’est pas une chose fort extraordinaire de voir les histoires des hommes qui, par leurs beaux faits ou par leurs vertus éminentes, se sont rendus recommandables à la postérité, ou qui ont été élevés ou abaissés selon les caprices de la fortune ; mais il se trouve peu de femmes qui s’avisent de mettre au jour ce qui leur est arrivé dans leur vie. Je serai de ce petit nombre. »

  • Olipien:

    Ce qui est valoriel n’est pas naturel, ainsi périsse les Races. Parler d’ego est déjà déplacé. J’ai tardé à vous dires ce que je pense du sujet. L’égo de l’être, l’égo de l’étant. Toujours voir le phénomène.Un Muthos, un Logos.

    J’y répondrai mais en privé.

    Cordialement.

  • Mathieu:

    Oui ça m’intéresse parce que je n’ai pas pensé, et ne pense pas parler ici en terme de valeur.

    Je parlais de l’ego en tant que moi endurcit, conséquence du libéralisme auquel j’opposerai le soi.

    Cordialement.

  • Olipien:

    Il n’y a pas de distinction entre l’ego et le soi. Mais une différence de mode qui entraîne leur dualité. Je commence à mieux vous connaître, et sais par quelques réflexion de vous que vous découvrez petit à petit votre esthétique. Je sais que vous ne cherchiez pas à parler en terme de valeur, mais vous y aboutissez. Honneur, fidélité sont des valeurs et ne libèrent en rien du nihilisme. Parce que la valeur est universelle, elle peut s’appliquer à ce qui nuit même à votre honneur et votre fidélité.
    Si elles permettent la stabilité et un cheminement qui mène à l’acte créateur et pérenne, elles ne peuvent l’être qu’à elles-mêmes. De ces ennemis du « libéralisme » ( le libéralisme n’existe pas). Ne peut on pas faire preuve d’honneur et de fidélité dans l’oubli même?

    Je crois surtout que vous voudriez parler de Hiérogamie…

    Les Grecs étaient très fort. Je vous donnerez cette nuit une vieille ébauche sur l’Eros que j’avais fait il y a longtemps. Il en existe quatre mode. Mais les Scandinaves étaient encore plus fort, et ce que vous considérez étaient pour eux un état de dégradation avancé. Ne sont-ce pas les Scandinaves qui ont apporté Apollon aux Grecs.

  • Mathieu:

    Au sujet de la distinction entre moi et soi vous avez tout à fait raison, je n’y avais pas pensé. Je m’inspirais de Jung qui fait la distinction lui. Mais alors il faudrait trouver un qualificatif adéquat au moi qui est dans l’état auquel je songeais.

    J’ai un début de compréhension au sujet de la valeur depuis quelques temps. Mais l’inconvénient est que lorsque je parle d’honneur, je ne songe pas à une valeur en soi mais à un « état », un phénomène justement, en rapport avec le sacré… Alors comment le dire ? Enfin je ne sais pas, je vais creuser sur cette question.

    « Le libéralisme n’existe pas ». Je pensais à ce sujet : Le libéralisme comme mode occidental du règne de la pensée calculante, du logos.

    Hiérogamie, j’ai failli mettre ce mot au début…

    Je ne connais Eros que par l’intermédiaire du Banquet de Platon.

    Autre sujet sur lequel vous pourrez certainement me renseigner : savez-vous comment Platon utilise eidos et idea ? Est-ce distinct pour lui ou non ? Et avant lui pour les autres grecs ?

  • Olipien:

    Je suis actuellement dessus. La doctrine de la vérité chez Platon par Heidegger. Si j’ai bien comprit, et c’est légitime de sa part, il reproche à Platon de les confondre. Il veut absolument faire aboutir eidos à idea. De la perception, il abouti au ratio. Eidos est métaphysique (évidence) et idea physique ( ce qui brille). C’est de là que Heidegger revient sur Alathèia en passant par Physis.

    Je vous numérise cela pour ce week-end (sauf pour Physis, qui est énorme est difficile). Il y a énormément de mots grecs non traduits, mais c’est un texte important. Aussi et je sais que vous avez commencer à traduire les mots Grecs, mais s’il y a problème, je vous les traduirais.

  • Mathieu:

    C’est bien ce que j’avais cru comprendre. C’est particulièrement intéressant.

    Ok pour le reste. Pour le grec, à force à force j’arrive à reconnaître des lettres et je peux chercher ensuite sur internet ou dans mon dictionnaire.

  • Olipien:

    Pardon, Phusis et non Physis.

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