« Médecin, guéris-toi toi-même… »

Dolomites

« Aristote voyait dans la compassion, c’est bien connu, un état maladif et dangereux, dont il fallait, de temps à autre se purger : il concevait la tragédie comme un purgatif. En vérité, par simple instinct de la vie, chaque fois que l’on se trouve en présence d’une accumulation de compassion maladive et dangereuse, comme dans le cas de Schopenhauer (ou celui de toute notre décadence littéraire et artistique de Saint-Pétersbourg à Paris, de Tolstoï à Wagner), on devrait lui décocher ses « pointes » les plus acérées, afin qu’elle crève… Rien n’est plus malsain, au milieu de notre malsaine modernité, que la compassion chrétienne. C’est qu’il nous faut être médecins, c’est qu’il nous faut être impitoyables, c’est qu’il nous faut porter le scalpel – voilà ce qui nous est réservé, voilà notre philanthropie, à nous, c’est en cela que nous sommes philosophes, nous, les Hyperboréens… »

Friedrich Nietzsche, « L’Antéchrist », 7.

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17 réponses à to “« Médecin, guéris-toi toi-même… »”

  • Telperion:

    Comment se débarrasser de la pitié et de la compassion ?

  • @Telperion
    Tout d’abord en arrêtant de voir « les malheurs » de la vie comme qqch de négatif et qqch qui nous tombe dessus sans qu’on le veuille; c’est aussi grâce aux épreuves qu’on évolue.
    D’autre part, un certain nombre de personnes aiment se plaindre, rester dans cet état larvaire et passif devant les difficultés et s’y complaisent même ; c’est là que ça devient malsain; éprouver de la pitié ou de la compassion ne les aide sûrement pas à sortir de leurs difficultés!
    Je trouve aussi que les gens compatissent pour des personnes qu’ils ne connaissent même pas, quelle hypocrisie! (peut-être inconsciente); compassion qui est en fait tournée vers eux-même puisque derrière leur semblant d’intérêt pour les autres se cache un égoïsme certain, car ils se disent souvent « heureusement que ça ne m’est pas arrivé à moi! ».
    Il faut aussi s’entendre sur le terme « compassion » à différencier de la générosité et de l’amitié… Si tu ressens cette négativité qu’apporte la pitié, tu voudras t’en débarrasser au plus vite!

  • Telperion:

    J’ai commencé à remettre en cause la compassion lorsque j’ai lu les « vies » de Plutarque. Je pense que l’on sait tous ici quel était l’état d’esprit des anciens lorsqu’il s’agissait pour l’enfant de devenir un « homme » ou une « femme ». Je me suis alors fait la réflexion que ce n’était pas normal que des hommes comme moi fassent des efforts toute leur vie pour devenir des « hommes », et que pendant ce temps là d’autres hommes plus ou moins âgés n’en foutent pas une et après s’attendent (et c’est toujours ainsi qu’ils sont traités aujourd’hui) qu’on dise d’eux : « Les pauvres, ils ne sont pas vraiment responsables de leur malheur ». En bon protestant (de culture) je ne pense pas qu’ils se complaisent là-dedans. Je pense qu’ils sont « damnés de naissance ». En clair c’est des idiots ou des demi-bêtes qui n’avaient aucune possibilité d’être plus.

    Je suis évidemment d’accord avec tout ce que tu dit. Cependant le « malheur » qu’il soit vu comme négatif ou non, fait toujours plus mal à ceux qui ont une vie vide de sens et qui se sentent habités par le néant d’une existence vaine et sans espoir.

    Pour l’hypocrisie c’est évident et ça m’amuse souvent. Car je ne puis m’empêcher de me dire « purée heureusement que je suis pas à leur place » tout en faisant semblant de les plaindre, c’est vraiment dégeulasse. D’ailleurs actuellement je suis vraiment dévoré par une angoisse terrible : Plus je fréquente nos contemporrains, plus j’ai peur de finir dans le même état qu’eux.

    Bref, encore une fois en bon protestant que je suis (du verbe être) je suis désespérément à la recherche de l’assurance du salut de l’âme. Ecoutez-moi bien : Si seulement je pouvais dire : « Je suis de la race des sauvés et eux des damnés ». Au lieu de tout le temps chercher à aider les autres quand je ne peut même pas m’aider moi-même ! Je suis malade.

  • aramis:

    nietzsche n’avait tout simplement rien compris à la compassion chrétienne

  • Telperion:

    Peut-être, mais énoncer un point de vue n’engage que soi-même. Pour que d’autres que soi l’acceptent il faut encore réussir à en démontrer la réalité. Sinon je peut aussi dire que le saucisson est un fruit, ça n’engage que moi et tout ceux qui ne sont pas d’accord avec moi ont tort, tout simplement parce que je ne suis pas d’accord avec eux…

  • Mathieu:

    aramis :

    nietzsche n’avait tout simplement rien compris à la compassion chrétienne

    Je pense qu’il ne l’avait que trop bien compris. Mais qu’elle est-elle alors selon-vous ?

    Telperion :

    Comment se débarrasser de la pitié et de la compassion ?

    Au début je ne pensais que poster le début : « Aristote voyait dans la compassion, c’est bien connu, un état maladif et dangereux, dont il fallait, de temps à autre se purger : il concevait la tragédie comme un purgatif. »

  • Telperion:

    Les tragédies grecques je n’en ai jamais lues. Par contre des trucs « tragiques » j’en ai vu au cinéma et j’ai toujours trouvé ça horrible. Je me disait : « Quel intérêt de faire un film qui reflète la réalité ? » Car pour moi le but était de rêver, d’y échapper.

    Mais si j’y arrive je lirait ça. Je suppose que ce n’est pas la raison qui doit « interpréter » mais que c’est l’effet sur l’âme qui importe.

  • aramis:

    Mais elle n’est rien « selon moi » ! La compassion chrétienne est le sentiment de partage de la souffrance de nos prochains et l’acte de les aider, la charité. Rien d’autre. Nietzsche y voit une faiblesse de l’âme parce qu’il en a une vision déformée par ce qu’il voit.
    La compassion et la charité sont les piliers d’une société unie, bien faite, juste, humaine. Elle n’est en aucun cas justification ou acceptation des actes, mais compréhension et aide.
    L’inverse donne des sociétés totalitaires.

  • @aramis

    J’ai l’impression que vous essayez de « farder » cette notion de compassion. Je pense qu’associée au repentir elle ne peut que mener à un totalitarisme « douceâtre » tel que nous le vivons actuellement.

    Qu’entendez-vous au juste par partage de la souffrance ? Pourquoi la partager ?

    Remplacer compréhension par compassion et (entr)aide par charité me semble justement une dérive idéaliste, ils ne sont pas mêmes pour la bonne raison qu’ils ne mènent pas aux mêmes actions, conséquences. Rattacher la compassion et la charité au politique (puisqu’ils seraient les piliers d’une société) c’est oublier leur origine religieuse et les présupposés ce cette origine.

  • @aramis

    aramis :
    La compassion chrétienne est le sentiment de partage de la souffrance de nos prochains et l’acte de les aider, la charité.

    Personne ne désire sincèrement « partager la souffrance des autres », faut arrêter de se mentir. D’autre part, ne pas confondre générosité et charité : la charité chez les chrétiens a un sens bien précis : c’est l’amour de Dieu à travers le prochain, ce n’est pas de la générosité. Aider les autres sans chercher un quelconque intérêt, c’est de la générosité et cela n’a rien de chrétien pour moi. On peut être généreux sans être chrétien. De même que la compréhension n’est pas la compassion… mais il faut bien connaître la religion chrétienne pour voir ces différences…

  • Telperion :
    « Quel intérêt de faire un film qui reflète la réalité ? » Car pour moi le but était de rêver, d’y échapper.

    Ceci explique cela, et cela explique ceci !

  • Telperion:

    @Mathieu
    D’accord… Je vais me renseigner là-dessus.

  • aramis:

    @juliette et mathieu
    vous m’attribuez des propos que je n’ai pas écrit. En clair, vous falsifiez ce que j’écrit pour conforter votre point de vue.
    Mathieu : pourriez-vous m’expliquer « présupposés de cette origine ». C’est nébuleux.
    Pour ma part, je ne farde rien du tout. Je me réfère aux écrits. Point. C’est notre époque qui falsifie les notions de charité.
    Juliette : vous vous permettez de me donner une leçon de connaissance de la religion chrétienne, alors que vous n’avez pas compris le sens du partage de la souffrance des autres.
    Je vous rappelle que c’est l’essence même de la vie du christ. Libre à vous de ne pas y adhérer, mais ne venez pas donner des leçons…..

  • Mathieu:

    Il n’y a pas de falsifications, je maintiens que vous tentez de farder, écrits ou pas bien au contraire, vous me reprochez la chose que vous, vous faites. Le christianisme a flatté en l’Européen des latences qui sont des germes de décadence. Je vous renvoie à l’antéchrist de Nietzsche à ce propos par exemple.

    Vous faites de Juliette une donneuse de leçons mais je dois vous rappeler que c’est vous-même qui êtes venu donner des leçons de christianisme à Nietzsche… Qui n’en avait certainement pas besoin d’ailleurs.

    Pour les « présupposés de cette origine », origine c’est l’origine religieuse, et le religieux c’est le religieux tel que le conçoit la pensée monothéiste.

    Par contre vous n’avez rien dit sur la confusion de compréhension et compassion et (entr)aide et charité.

  • aramis :
    La compassion chrétienne…
    La compassion et la charité sont les piliers d’une société unie, bien faite, juste, humaine.

    Vous parlez bien de compassion chrétienne? je cite donc je ne pense pas « falsifier » vos propos! De même lorsque vous parlez de « charité »… donc en résumé une société je cite « unie, bien faite, juste, humaine » est basée sur la compassion chrétienne et la charité; donc vous affirmez que la religion chrétienne est un des piliers d’une société bien faite, équilibrée donc. C’est votre point de vue et en effet je ne le partage pas. Pour ma part, la société chrétienne a apporté un profond déséquilibre dans les sociétés européennes, et qu’elle est en grande partie (avec les idées des Lumières) responsable de nos maux actuels. Maintenant je pense qu’on peut être généreux et dévoué envers les autres sans être chrétien encore une fois et c’est pourquoi je ne fais pas l’amalgame entre ces qualités et la compassion et la charité chrétiennes. Si vous ne supportez pas qu’on réfute vos idées, ne venez pas poster de commentaires après un article de Nietzsche!

  • aramis:

    quel charabia de la part de vous deux ! Cessez de faire du De Benoist. Vous feriez mieux de le citer in extenso. Lui, au moins, écrit bien. Allez, sans rancune.-

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