« Vide »

« J’expose ici la Voie de la tactique de notre école « des deux sabres » en un chapitre intitulé « Vide ». On entend par « vide » l’anéantissement des choses et le domaine de l’inconnu.
Naturellement le « vide » est néant. Par la connaissance des êtres, on connaît le néant, c’est là le « vide ». En général l’idée que l’on a sur le « vide » est fausse. Lorsque l’on ne comprend pas quelque chose on le considère comme « vide » de sens pour soi, mais ce n’est pas un vrai « vide ». Tout cela n’est qu’égarement.
Dans la Voie de la tactique, si les samouraïs ne connaissent pas leur Loi pour poursuivre leur Voie, ils ne sont pas « vides ». Ils appellent « vide » ce qui est du domaine de l’impasse sous l’effet d’égarements successifs, mais ce n’est pas le vrai « vide ».
Les samouraïs doivent apprendre avec certitude la Voie de la tactique, avoir la maîtrise des autres arts martiaux, n’avoir plus aucun point obscur sur la Voie qu’ils doivent pratiquer, n’avoir plus aucun égarement d’esprit, ne jamais se relâcher à aucun moment, depuis le matin. Polir ces deux vertus : sagesse et volonté, aiguiser les deux fonctions de leurs yeux : voir et regarder, et ainsi n’avoir aucune ombre. Alors, les nuages de l’égarement se dissiperont, c’est là le vrai « Vide ».
Tant que l’on ne connaît pas la Voie véritable, chacun croit avancer sur le bon chemin et se croit dans le vrai sans s’appuyer sur les lois du Bouddha ni les lois de la terre. Mais lorsque nous les regardons avec les yeux de la Voie véritable de l’esprit et selon les grandes règles du monde humain, on les voit trahir la Voie véritable à cause de leur propre égoïsme et de leur mauvaise vue. Connaissez l’Esprit ! Reposez-vous sur le domaine franchement juste ! Faites de l’Esprit réel la Voie ! Pratiquez largement la tactique ! Ne songez qu’à la justice, à la clarté et à la grandeur! Faites du vide la Voie ! Et considérez la Voie comme « vide » !
Dans le « Vide », il y a le bien et non le mal. L’intelligence est « être ». Les principes sont « être ». Les voies sont « être ». Mais l’esprit est « Vide ».
Le 12 mai de la seconde année de Shôho, Shimmen Musashi, à Monsieur Terao Magonojô. »
Miyamoto Musashi, « Traité des cinq roues », « Go rin no sho », IV Vide.



C’est ce genre de textes que j’apprécie, car il propose des solutions. De plus, il y a une vraie sagesse et non un simple jugement fait de reproches censés galvaniser le lecteur.
J’espère que cette fois, vous me comprenez.
Salut Theodor, je te croyais parti. Ne penses-tu pas que les jugements et reproches que tu as vu ailleurs ne sont pas les tiens ou ceux que tu redoutes d’encourir ? Souvent il m’arrive de faire de la sorte ou de retourner sur un texte longtemps après m’être accroché avec, et de voir à quel point j’étais resté à mes propres projections au lieu de l’accueillir tel qu’il est.
J’avais bien compris je t’assure… Mais tu agitais un spectre qui était inexistant, par l’intermédiaire d’insinuations fausses et insultantes en plus. Faire l’expérience de la désinstallation le temps de recouvrer force et ténacité.
La question qui est à poser selon moi face à ce type de textes et de personnages, cet article même par exemple mais tous ceux que l’on juge « haut », est : qu’est ce qui finalement a bien pu amener cet être à penser ce qu’il pense, à la hauteur où il le pense etc. Qu’est ce qui a pu être à l’origine des grandes civilisations ? Le penseur, le sage, ou quelque autre destin singulier, a-t-il toujours été ainsi, ou a-t-il été tout autre ? Et en ce cas quel a-t-il été et comment a-t-il « fait » ? Et J’ai très longtemps cherché cette réponse.
Fanatisme rangé là où il se doit, car le fanatisme nous « sort », il ne reste plus beaucoup de solutions…
Je note bien ce que tu me dit, mais éclaires-moi juste sur le sens de la dernière phrase, je ne comprend pas.
Rudolf Steiner disait : « Il faut savoir faire l’expérience vivante de l’idée, sinon l’on devient son esclave. » C’est ce que j’entends par fanatisme, tyrannie, idéalisme, hypertrophie de la raison. Se chercher par cette voie ne mène qu’à un simulacre, et c’est précisément le fanatisme qui en devient le sous-bassement, la courroie, si dans et par ce simulacre on cherche à « exister ». Ainsi on se mystifie en faisant d’une faiblesse, d’une défaillance, une force. On sort et on reste en dehors sans cesse.
Une fois qu’on a cerné la plus profonde conséquence de l’idéalisme, celle qui est la plus difficile à déloger, la vie se corse, et l’on peut s’éprouver. Être capable de la mort en tant que la mort.
http://dhdc2917.eu/2009/12/12/les-mortels/
Y’a t’il pour vous Mathieu un art qui pourrez symbilser ou être la distinction Muthos/Logos?
(Question qui n’a rien à voir avec ce post).
Je songe à la poésie, surtout, mais aussi certaines peintures ou musiques. Quand ceux-ci sont hauts. La photo et la sculpture, lorsqu’ils sont hauts aussi.
Mais je ne peux encore utiliser le mot Muthos.
Et vous ?
Cela me fait penser à ce texte sur lequel j’étais tombé il y a quelques semaines :
http://www.alaindanielou.org/Semantic-Danielou.html
http://www.alaindanielou.org/Annexes.html
L’opéra…..
J’ai enfin reçu mes livres de Heidegger aujourd’hui. Je fais pouvoir finaliser le pdf de Physis avec le texte » De la Physis à la raison pure » issu de « Le principe de raison. »
Merci pour les liens.
Cordialement.
Ah je n’ai jamais vu d’opéra…
Très bien j’attends ça avec impatience.
Je repensais à l’instant en lisant « Sérénité » de Heidegger au détachement dont vous parliez dans un récent courriel, je n’étais pas d’accords de faire preuve de détachement (bien que j’ai pu employer ce mot par le passé faute de mieux), cette Gelassenheit, que certains traduisent par acquiescence dont il parle au sujet de la technique semble être ce que je voulais plutôt exprimer, détachement étant plus nihiliste.
Cette histoire d’opéra me rappelle le dialogue de Heidegger avec le Japonais où ce dernier parle de la figuration de la montagne par exemple dans l’opéra japonais, j’avais trouvé ça effarant.
« Comment ne haïrais-je pas, en revanche, les barbares qui se croient sages parce qu’ils n’ont pas de coeur, les monstres grossiers qui par tous les moyens ruinent, au nom d’une discipline absurde et mesquine, la beauté de la jeunesse !
Dieu souverain ! C’est le hibou qui prétend chasser de l’aire les jeunes aigles et leur montrer le chemin du soleil ! »
Hölderlin, « Hypérion »
@Theodor
Celui-ci te plaira aussi peut-être :
« Éduquer, cela ne veut pas dire planter ce qui n’existe pas, mais : favoriser l’épanouissement de ce qui existe ou, au contraire, entraver cet épanouissement. Nous éduquer nous-mêmes, et les générations futures, à la nordicité, cela signifie : éveiller ce qui est nordique, en faire primer le développement et l’aider ainsi à prendre le dessus en nous et dans la future communauté. Éduquer, c’est donner des exemples, pas des leçons.
Être exemple au sens nordique, cela ne signifie pas jouer pour la galerie en attendant les applaudissements (ce serait là au contraire une manière toute méditerranéenne de « donner l’exemple »). Au fond, l’exemple nordique vit en solitaire avec lui-même. Et quand un membre de la communauté ou de l’une de ses générations, sans cesse renouvelées, prend en exemple le solitaire face à lui-même, il le choisit en pleine et entière liberté : aucune contrainte, aucune objurgation ne l’y oblige : l’exemple est là tout simplement, et il est exemple pour la vie. C’est le Vorleben. Un point c’est tout.
Plus un individu, plus une communauté, plus une jeunesse est nordique, plus le résultat de leur éducation sera nordique, et moins cette jeunesse se laissera contraindre ou convaincre de suivre un exemple donné. La jeunesse nordique choisit, mais en toute liberté. Elle veut être conduite, mais à la façon nordique – jusqu’à ce qu’elle soit capable à son tour de se conduire elle-même. Mais « conduire », au sens nordique, cela ne signifie pas : ravir à autrui sa liberté. Conduire de façon nordique, éduquer de façon nordique, c’est aider un jeune à forger en lui-même son modèle intérieur, modèle qui existe déjà en lui. Ce modèle, c’est l’image de sa propre nordicité, et celle qui n’appartient qu’à lui. Vouloir aller plus loin, ce serait transgresser la sphère individuelle de l’homme, et donc « casser » la distance. »
Ludwig Ferdinand Clauss, « L’âme des races », pp. 116 et 117, L’Homme Libre, 2001.