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L’essence du Système

24/01/2010 Mathieu 2 commentaires

« Dans les sociétés occidentales – ou occidentalisées -, deux cultures s’opposent à une tragique schizophrénie collective. Comme le vit Aldous Huxley*, l’une appartient à l’univers « où les hommes naissent, vivent et meurent ; c’est le monde des joies et des souffrances ». L’autre recouvre l’univers technique et économique du Système, qualifié de « monde non-vécu ». Le fossé entre ces deux cultures ne sera pas comblé, selon les espoirs de l’école de Francfort ou de la gauche humaniste, par le « dialogue » et la rationalisation. Ce serait, encore une fois, aller dans le sens du Système. La technocratie plus le dialogue : illusion humanitaire et rationaliste.

Les vieilles recettes sont mortes ; car l’opposition entre ces deux mondes, entre le Système et la vie, recouvre un antagonisme fondamental entre deux philosophies des valeurs, qui est appelé à transcender les anciens clivages gauche/droite, socialisme/libéralisme, croyance/athéisme, matérialisme/idéalisme, etc. Sur cette nouvelle césure entre le Système et tout ce qui n’est pas le Système, de nouveaux regroupements politiques, au sens noble du mot, doivent s’opérer. Il faut absolument que ce soient ceux du prochain siècle. Pour l’instant, l’antagonisme est encore mal perçu par les familles d’esprit. D’où ce livre, qui se veut une tentative d’appel à la prise de conscience. Et cet appel, c’est d’abord aux Européens qu’il s’adresse, eux qui, abusés par un quiproquo qui fausse tous les langages politiques, confondent encore le Système occidental avec les valeurs et le destin de leur civilisation.

Le Système occidental, appuyé sur l’espace américano-nippon, entreprend une gigantesque domestication des peuples. Les sociétés deviennent des « machines biologiques » divisées en secteurs, en rouages. Leur fonction : satisfaire des besoins homogènes de consommation et de sécurité artificiellement stimulés. La vie communautaire et les projets de destin des peuples disparaissent. Pour l’Europe, c’est la fin du temps historique, l’enterrement des politiques sous les programmes de survie et de petit bonheur. Le totalitarisme doux des dictateurs de l’organisation, des manipulateurs, des régulateurs, des pouvoirs décentrés et incitatifs fait regretter l’époque des créateurs et des décideurs. Le Système entend inaugurer le matérialisme total, submergeant l’âme des hommes et des peuples sous l’obsession de l’égotisme pragmatique. Plus de traditions, plus de modernité : l’âge des poètes, des conquérants, des stratèges est apparemment mort.

D’ailleurs, le recul démographique des peuples inclus dans l’espace d’influence de la société techno-économique démontre à l’envi que, n’étant plus préoccupé que du présent, de l’actuel, du contemporain, l’homo occidentalis n’aura probablement pas de descendance biologique. Aujourd’hui comme dans l’empire romain finissant, miné par le cosmopolitisme, le monothéisme éthique et le sentiment hédoniste, ceux qui étaient des peuples et qui ne sont plus que des populations ont perdu le besoin vital de se prolonger dans une lignée. Le Système et son individualisme pratique, comme jadis les cultures millénaristes et leurs promesses de salut individuel, démantèlent les sentiments collectifs, démobilisent les énergies et incapacitent les audaces. Un peuple disparaît plus souvent par démission que par destruction. Les facteurs destructeurs sont surmontés par un peuple qui veut, dans la profondeur de son psychisme, se perpétuer biologiquement et culturellement. Or, le Système occidental ne tue pas les peuples en leur assénant d’insurmontables épreuves, guerres, famines ou épidémies, mais en rongeant de l’intérieur leur vouloir-vivre, en les déracinant du terreau organique de leurs traditions, en les décourageant de se vouloir un avenir.

Il faut se débarrasser de cette illusion contemporaine, partie prenante de l’idéologie dominante, que les groupes succombent à des crises, à des évènements matériels, à des chocs mesurables et événementiels. Les crises constituent au contraire la matière de l’histoire. Et lorsqu’une civilisation disparaît, les traumatismes économiques ou militaires qui président à son effondrement n’en forment nullement la cause, mais la conséquence. Rome, à son apogée ou à ses débuts, ne vivait pas moins de « crises » qu’à son effondrement ; l’invasion d’Alaric n’était pas plus grave, par elle-même, que celle de Brennus. Ainsi répand-on aujourd’hui le bruit sournois qu’une crise économique constitue la pire des menaces. Bon moyen de dissuader les velléités des révolutionnaires salonards : bourgeois décadents, ils n’échangeraient pas leur mode de vie contre une page d’Ivan Illich. Bon moyen aussi de décourager les vrais projets politiques de contre-société : remettre fondamentalement en cause le modèle économique et juridique mondial, ce serait affamer le monde, plonger l’homme dans le malheur, parce que son niveau de vie comptable s’effondrerait. Le Système table sur la peur, une peur de petits vieux.

Une crise économique constitue effectivement la pire des menaces. La pire des menaces pour le Système (puisqu’il est fondé en dernière analyse sur un réseau techno-économique mondial), mais le meilleur des bienfaits pour une renaissance des peuples.

Le Système, qui ne garantit même pas la justice sociale à l’intérieur, ni l’intégrité politique et culturelle à l’extérieur, légitime l’assassinat des peuples et la décérébration des individus par l’idéologie des droits de l’homme, vulgate résumée des humanitarismes libéraux, sociaux-démocrates et marxistes, qui calque une interprétation sécularisée de l’évangile judéo-chrétien. Processus classique de compensation : une idéologie ou une métaphysique amène, idéaliste ou bienveillante, enveloppe toujours une pratique totalitaire et despotique. Ainsi procéda notre sainte mère l’Eglise, à l’abri de l’amour évangélique. Ainsi fit aussi le marxisme-léninisme, conciliant un programme lénifiant de bonheur universel scientifiquement ordonné et le Goulag, qui en est la praxis.

D’où le soupçon qu’il faut légitimement porter sur toutes les « belles pensées », les idéologies du Bien. Leur incarnation est toujours plus despotique que celle des doctrines réalistes qui admettent l’éventualité du combat et de la guerre et ne prétendent pas construire socialement le bonheur.

[…] Alors, nous voyons mieux ce qu’est le Système : la réalisation pratique, à l’échelle de la Terre, du projet millénariste chrétien, l’égalité devant le salut, projet laïcisé en programme techno-économique par le « libéralisme ». Celui-ci s’avère plus concret, plus pratique, donc, à certains égards plus dangereux que la marxisme qui, lui, n’est pas porteur ou créateur de ce « monde unique » occidental. La réalisation techno-économique du bonheur individuel compris comme bien-être par la pratique, notamment, de l’égalisation des hommes, des cultures et de l’homogénéisation de leur environnement : telle est l’essence du Système et de son discours. »

Guillaume Faye, « Le système à tuer les peuples », « La cause des peuples », Éditions Copernic, 1981.

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* Aldous Huxley, Literatur und Wissenschaft, Munich, 1963.

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Le loup et le chien

22/01/2010 Mathieu 2 commentaires

Le loup et le chien - Fables de La Fontaine

« La puissance conservatrice du Système réside en ce qu’il repose sur un dressage social : il a inculqué des formes de vie auxquelles personne n’est prêt à renoncer. »

Guillaume Faye, « Le système à tuer les peuples ».

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La dictature du bien-être

12/01/2010 Mathieu 4 commentaires

Toile

« Aldous Huxley pensait avoir fait œuvre de fiction en situant son Brave new world au 3e millénaire. Il est mort en constatant que la société sans souffrances et sans besoins insatisfaits était en passe de devenir la triste réalité de notre temps et que, comme dans son Brave new world, tout individu libre ou faisant preuve de quelque pensée originale était déjà considéré comme malfaisant par des masses conditionnées par ce que le socio-anthropologue Arnold Gehlen a appelé la dictature du bien-être. Car la religion du bien-être est bel et bien devenue dictature.

Cette volonté, partout affirmée, de satisfaire les désirs matériels et la soif de consommation des hommes de notre temps n’est du reste pas choquante en soi : elle est intrinsèquement liée à l’existence même de la fonction de production telle que la connaissent les sociétés d’origine indo-européenne. Mais dans le système de tripartition du monde indo-européen, tel que l’a dégagé Georges Dumézil, la fonction de production demeure impérativement subordonnée à la fonction guerrière et, surtout, à la fonction de souveraineté. Or le drame est que nous assistons à une inversion de ce rapport de subordination, que la société entière se trouve dominée par ces exigences consuméristes, et que l’économie s’est investie du pouvoir de résoudre tous les problèmes humains.

En réduisant tous les facteurs sociaux à l’économie, la société marchande fait de celle-ci l’instrument d’un développement global, motivé par une fausse conception du bonheur, mélange illusoire d’abondance matérielle et de loisirs plus ou moins organisés. Ce qui laisse croire qu’il n’existe que des besoins et des désirs matériels, que ceux-ci ne sont qu’individuels, toujours quantitatifs et toujours susceptibles d’être comblés. Certains patrons n’hésitent d’ailleurs pas affirmer que “l’entreprise fait le monde”. Pour Entreprise et progrès, qui se veut le “poil à gratter” du CNPF [NB : ancêtre du MEDEF], les mutations de l’entreprise déterminent les mutations sociales, l’entreprise est le phénomène directeur de la société, phénomène auquel les Français auraient toutefois quelque peine à s’adapter en raison de leurs “tares culturelles” (sic).

Le pire est sans doute que la plupart des gens se laissent prendre à l’apparente générosité de ce totalitarisme économique. Les arguments de bon sens ne manquent pas. Valéry Giscard d’Estaing écrit : “Seules les économies de marché sont réellement au service du consommateur. Si on laisse de côté les idéologies pour ne considérer que les faits, force est de constater celui-ci : les systèmes économiques dont la régulation est assurée par une planification centrale offrent aux consommateurs des satisfactions incomparablement moins grandes en quantité et en qualité que ceux qui reposent sur le libre jeu du marché”. Mais au nom de la liberté individuelle d’accéder à la consommation de masse, ce totalitarisme diffuse un individualisme forcené – l’hypersubjectivisme dont parle Arnold Gehlen – qui décompose les groupes humains en détruisant les liens sociaux et organiques de leurs membres, en interdisant tout projet collectif, historique ou national.

Pourtant, à force de promettre le bonheur pour tous et tout de suite, le libéralisme marchand finit par engendrer des espoirs déçus et une ambiance d’insatisfaction collective. Le mythe égalitaire du bonheur obligatoire s’est ici couplé avec celui de la progression indéfinie du niveau de vie individuel, quelle que soit la prospérité des circuits économiques. Paradoxalement, chaque accroissement quantitatif de ce niveau de vie renforce l’insatisfaction psychologique qu’il était censé éliminer, provoquant dans le corps social une dépendance quasi physiologique à l’égard des désirs économiques, avec les multiples conséquences pathologiques qui en découlent. “La fausse libération du bien-être, écrit Pasolini, a créé une situation tout aussi folle et peut-être davantage que celle du temps de la pauvreté” (Écrits corsaires).

L’attente d’un progrès automatique et mécaniquement acquis rend les hommes esclaves du système et les dispense de faire preuve d’imagination et de volonté. La dictature du bien-être use les sensations et finit par user l’homme. Konrad Lorenz écrit : “Dans un passé lointain, les sages de l’humanité avaient déjà reconnu fort justement qu’il n’était pas bon pour l’homme de parvenir trop bien à son aspiration instinctive à atteindre au plaisir et à se soustraire à la peine”. Émoussé par l’habitude, le plaisir exige alors une surenchère permanente et entraîne à la perversion. Les consommateurs modernes veulent impatiemment avoir tout et tout de suite, mais cette hypersensibilité à la privation les rend en réalité incapables de goûter les joies de l’acquisition. Konrad Lorenz précise encore : “Le plaisir n’est que l’acte du consommateur. La joie est le plaisir de l’acte créateur”.

Arnold Gehlen a nommé pléonexie cette aliénation psychologique par laquelle la satisfaction d’une revendication égalitaire provoque un surcroît de désir égalitaire. Et il a nommé néophilie cette incapacité profonde des mentalités soumises à l’esprit marchand à se satisfaire d’une situation acquise. Ce qui conduit le système à entretenir un état de rébellion permanent, d’autant plus vif que cette insatisfaction paraît toujours plus insupportable. C’est une spirale sans fin. La hausse indéfinie du niveau de vie, promise et revendiquée dans n’importe quelle conjoncture, est un facteur de crise, tant et si bien qu’à la limite, cette dictature du bien-être menace le système même qui l’a engendrée tout en aliénant toujours plus profondément ses sujets.

Asservis au mythe égalitaire du bien-être, les consommateurs sont en effet en voie de domestication rapide. L’éthologie nous a enseigné l’histoire du Sacculina carcini, ce crabe d’apparence normale qui, dès qu’il se fixe en parasite sur un autre crabe, perd ses yeux, ses pattes et ses articulations pour devenir une créature en forme de sac – ou de champignon – dont les tentacules souples plongent dans le corps de l’animal parasité. “Horrible dégénérescence”, s’écrit Konrad Lorenz qui ne peut s’empêcher d’observer déjà des “phénomènes de domestication corporelle chez l’homme”. Ainsi l’humanité s’est-elle engagée dans une voie qui la laisse survivre mais qui la prive de sensibilité, vers une sorte de Brave new world peuplé de parasites “vulgarisés”…

Cet asservissement mental aux bienfaits illusoires du progrès continu fabrique, selon Raymond Ruyer, des peuples courts-vivants. Repliés dans leur cocon douillet et préservés du monde extérieur, ces peuples s’accrochent à des valeurs à court terme et se contentent d’actes aux conséquences immédiatement et directement mesurables ou quantifiables, exprimées en valeurs économiques convenues. Ce qui conduit nos hommes d’État à se définir comme “de bons gestionnaires de l’affaire France”, assimilant ainsi le pays à une sorte de “société anonyme par actions-bulletins de vote”.

L’individu court-vivant n’envisage plus son héritage et son après-mort : sa descendance et sa lignée deviennent pour lui des concepts incompréhensibles. Il gère au jour le jour son destin étroit et limité, se contentant de rendre des comptes sur ses activités aux gestionnaires placés plus haut que lui. Il navigue à vue, calculant même – grâce aux nouveaux économistes à qui rien n’est impossible – le prix de son enfant jusqu’à sa majorité. L’affection, non mesurable, est ainsi remplacée par des liens contractuels.

Dans le Manifeste du Parti Communiste (1848), Karl Marx écrit : “La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange et, à la place des libertés si chèrement acquises, elle a substitué l’unique et impitoyable liberté du commerce (…) Elle force toutes les nations à adopter le style de production de la bourgeoisie, même si elles ne veulent pas y venir. Elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle forme le monde à son image”.

Comment mieux décrire les effets destructeurs, pour les cultures, de l’esprit marchand propagé par la bourgeoisie ? Ces cultures se trouvent ainsi réduites à de simples comportements de consommation et le seul langage admis est celui du pouvoir d’achat, potentiellement égal chez tous les peuples et sur toute la Terre. Cette volonté de diffusion d’un seul mode de vie menace à terme la richesse culturelle de l’humanité. De même que pour les marchands classiques, les frontières et les mœurs variées constituaient des obstacles intolérables, pour la société marchande, les différences ethniques, culturelles, nationales, sociales et même personnelles, doivent être inexorablement résolues. Le rêve universaliste d’un vaste et homogène marché mondial de la consommation annonce l’avènement de l’homo œconomicus.

Dépassant ainsi largement sa fonction de satisfaction des besoins matériels essentiels, l’économie est devenue le fondement même de la nouvelle “culture” universelle. Cette mutation a réduit l’homme à n’être plus que ce qu’il achète : pour employer un mot à la mode, il s’est réifié. Et Valéry Giscard d’Estaing de définir en ces termes son projet politique : “Promouvoir une immense classe moyenne de consommateurs”. Dictature du bien-être ? Dès 1927, Drieu La Rochelle nous mettait en garde : “L’étouffement des désirs par la satisfaction des besoins, telle est l’économie sordide, découlant des facilités dont nous accablent les machines, qui viendra à bout de nos races. L’abondance de l’épicerie tue les passions. Bourrée de conserves, il se fait dans la bouche de l’homme une mauvaise chimie qui corrompt les vocables. Plus de religions, plus d’arts, plus de langages. Assommé, l’homme n’exprime plus rien” (Le Jeune Européen). »

Guillaume Faye, « La dictature du bien-être », in Éléments, n°28-29, mars 1979.

Le germen

Chêne

« La racine biologique d’un peuple et d’une civilisation, le centre de son socle ethnique sur lequel tout repose.

Ce mot latin signifie « germe », « semence ». Quand la culture est atteinte, un redressement est possible. Quand le germen biologique est détruit, plus rien n’est possible. Le germen est comparable à la racine de l’arbre. Même si le tronc est abîmé et le feuillage émondé, l’arbre peut repousser. Pas si les racines sont arrachées. La comparaison vaut pour les civilisations. Le germen représente les racines ethno-biologiques ; le tronc représente la culture populaire, et le feuillage la civilisation. Rien n’est perdu tant que le cœur du germen, des racines, est préservé. Cette métaphore vaut évidemment pour l’Europe d’aujourd’hui, dont le germen est gravement menacé.

Ce concept implique évidemment, au rebours absolu de l’idéologie dominante, que les cultures et les civilisations reposent (pas uniquement bien-sûr mais principalement) sur des populations concrètes, ainsi que sur leurs hérédités physiques et mentales, c’est-à-dire sur le réel, sur la vie, autrement dit sur des caractéristiques bio-génétiques relativement invariables. Le contester par dogmatisme biologique est à peu près aussi intelligent et efficace que de nier la rotondité de la Terre, la circulation du sang, l’héliocentrisme ou l’évolution des espèces, comme le firent, ne l’oublions pas, les ancêtres spirituels et intellectuels de l’actuelle idéologie dominante.

Le germen est ce qui demeure inaliénable, qui n’est la propriété d’aucune fantaisie individuelle et que chaque membre de chaque peuple doit transmettre à sa lignée. Un peuple peut renaître si sa culture est détruite, si sa religion ou sa spiritualité sont oubliées ; il peut retrouver l’héritage des ancêtres et répondre à l’appel des traditions sorties de la mémoire, les faire renaître. Mais si le germen bio-génétique est défiguré, aucune renaissance n’est possible, ou alors, elle sera factice.

C’est pourquoi le combat contre le métissage, la dépopulation démographique et la colonisation allogène en Europe est encore plus important que les nécessaires mobilisations pour l’identité culturelle ou la souveraineté politique.

Toutes ces causes sont importantes, mais il y a un ordre de préséance fondé sur une urgence absolue. »

Guillaume Faye, « Pourquoi nous combattons – Manifeste de la Résistance européenne ».

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Le traditionalisme voilà l’ennemi !

Volcan« Comme les épidémies d’acné, on voit fleurir, dans les milieux proches de ce que nous pourrions appeler par euphémisme la « droite révolutionnaire », ou plus généralement la « droite anti-libérale », des poussées cycliques de ce que l’on ne saurait nommer autrement que le « traditionalisme métaphysique ».

Des auteurs comme Evola ou Heidegger sont en général les prétextes – nous avons bien dit : les prétextes – à l’expression de ces tendances dont bien des aspects nous semblent négatifs et démobilisateurs. Les auteurs en question, en effet ne sont pas en cause. Pour ne citer que ces deux-là ni Evola ni Heidegger – dont les vraies idées furent souvent fort éloignées de celles des « évoliens » et des « heideggeriens » – ne sauraient prêter dans leurs oeuvres aux critiques que l’on peut faire à leurs « disciples » des milieux de la droite dont il est question ici.

Comment caractériser cette « déviance » du traditionalisme métaphysique et quels sont les arguments pour la critiquer ? Cette mentalité se caractérise par trois présupposés axiomatiques :

1 – La vie des sociétés doit être gouvernée par une « tradition », dont l’oubli nous précipite dans la décadence.

2 -Tout ce qui concerne notre époque est assombri par cette décadence. Plus on remonte dans le passé, moins il y a de décadence et inversement.

3 – Seules comptent au fond les préoccupations et les activités « intérieures », tournées vers la contemplation d’un je-ne-sais-quoi, globalement appelé « l’être ».

Sans vouloir s’attarder sur la superficialité, relativement prétentieuse, de cette axiomatique qui préfère à la vraie réflexion et à la clarté les obscurités faciles de l’invérifiable et du jeu gratuit des mots, qui – sous prétexte de profondeur (voire même chez certains auteurs à forte pathologie narcissique, de « poésie ») – méconnaît l’essence même de toute philosophie et de tout lyrisme, il faut surtout reconnaître que ce traditionalisme métaphysique entre en contradiction profonde avec les valeurs mêmes qu’il prétend généralement défendre, c’est à dire la riposte aux idéologies modernes, l’esprit dit de la « tradition européenne », l’anti-égalitarisme, etc.

En premier lieu, en effet, l’obsession de la décadence et le passéisme dogmatique qu’elle induit s’apparente à du progressisme inversé, à une vision linéaire « retournée »de l’histoire : même disposition d’esprit, héritée du finalisme chrétien, que dans toutes les idéologies progressistes « modernes ». L’histoire n’est pas ascendante, du passé vers le présent, mais descendante.

Seulement, à l’inverse des doctrines progressistes, le traditionalisme cultive un pessimisme sur le monde profondément démobilisateur. Ce pessimisme est exactement du même acabit que l’optimisme naïf des progressistes. Il procède de la même mentalité et incorpore le même type de vanité, à savoir un prophétisme redondant assorti d’une propension à s’ériger en juge de la société, de l’histoire, de ses semblables.

Ce type de traditionalisme, par sa tendance à haïr, à dévaloriser tout ce qui est « du temps présent », ne traduit pas seulement chez ses auteurs une aigreur et une fatuité souvent injustifiable, mais révèle de graves contradictions qui rendent son discours incohérent parce qu’incrédible.

Cette haine du temps présent, de « l’époque moderne », n’est absolument pas suivie d’effets dans la pratique quotidienne, à l’inverse de ce qui s’est souvent observé, par exemple, dans le christianisme. Nos anti-modernes savent parfaitement profiter des commodités de la vie moderne.

Par là ils donnent la vraie dimension de leur discours : l’expression d’une mauvaise conscience, d’une « compensation » effectuée par des esprits profondément bourgeois relativement mal à l’aise dans le monde actuel, mais néanmoins incapables de s’en passer.

En second lieu, ce type de traditionalisme débouche la plupart du temps sur un individualisme exacerbé, celui-là même que leur vision (par ailleurs) « communautariste » du monde prétend dénoncer dans la modernité …

Eau - Feu

Sous prétexte que le monde est « mauvais », que les contemporains sont bien entendus décadents et imbéciles, que cette société matérialiste corrompue par « la science et la technique » ne saisit pas les hautes valeurs de l’intériorité, le traditionaliste qui a toujours une idée cimiesque (cime) de lui même en vient à ne plus croire à la nécessité d’un combat dans le monde, en vient à rejeter toute discipline, toute solidarité avec son peuple, tout intérêt pour le politique.

Seul son moi, hypertrophié, l’intéresse.

Il transmet « sa » pensée aux générations futures (sans voir la contradiction puisqu’elles sont supposées ne jamais pouvoir l’entendre puisque toujours plus décadentes) comme une bouteille à la mer.

Cet individualisme débouche alors logiquement sur l’inverse même de l’idéologie de départ, c’est à dire l’universalisme et le mondialisme implicite.

En effet, la tentation du traditionaliste métaphysique est d’estimer que seules comptent la réunion « spirituels », la mise en communication des hommes de haute pensée, de ses semblables à travers le monde, quelles que soient leur origine et leur provenance, pourvu qu’ils semblent rejeter la « modernité occidentale ». Au service du peuple, du politique, de la communauté, au service du savoir, de la cause, se substitue, outre le service et la contemplation de soi-même, le service de l’idée ».

On défend des « valeurs » quel que soit leur lieu d’incarnation. D’où, pour certains : orientalisme fasciné ; pour d’autres : mondialisme militant ; et pour tous un désintérêt désabusé quant au destin de leur peuple.

On en arrive même à des attitudes mentales carrément chrétiennes, de la part de « philosophes », qui s’emploient généralement à combattre le christianisme.

En vrac et par exemple : choix de faire passer l’intention avant le résultat ; adoption, pour juger une idée ou une valeur, de critères intrinsèques à cette idée et à cette valeur, et non pas de critères d’efficacité de ces dernières ; mentalité spiritualiste qui consiste à juger toute culture, tout projet sur leur « valeur » spirituelle, et non pas sur leurs effets matériels.

Cette dernière attitude, d’ailleurs, se révèle évidemment très peu en rapport avec le « paganisme » européen dont se réclament souvent nos traditionalistes.

En effet, en regardant une oeuvre, un projet, une culture sous leur aspect exclusivement « spirituel », on pose le principe chrétien de séparation de la matière et de l’esprit, de dissociation dualiste entre l’idée pure et la production concrète.

Une culture, un projet, une oeuvre ne sont que des productions, au sens concret et dynamique du terme.

Il n’y a pas, de notre point de vue, de séparation entre la « valeur » et la « production ». Les qualités lyriques, poétiques, esthétiques d’une culture, d’une oeuvre, d’un projet sont intimement incorporées dans sa forme, dans leur production matérielle. Esprit et matière sont une seule et même chose. La valeur d’un homme ou d’une culture est celle de leurs actes, non de leur « être » ou de leur passé.

C’est précisément cette idée, relevant du plus ancien fonds traditionnel européen, que nos traditionalistes métaphysiques, tout imbus de leur spiritualisme et de leur monothéisme de la « tradition » ou de la recherche de l’« Être », trahissent allègrement.

Paradoxe : rien de plus éloigné des traditions européennes que les traditionalistes. Rien de plus proche de l’esprit proche-oriental du monastère.

Ce qui caractérise la tradition européenne et ce que les cultes venus d’Orient ont tenté d’abolir, c’est tout l’inverse de ce que défendent les traditionalistes européens d’aujourd’hui.

L’esprit européen, dans ce qu’il a de plus grand et de plus civilisateur, fut optimiste et non pas pessimiste, extériorisé et non pas intériorisé, constructiviste et non pas spiritualiste, philosophe et non pas théologien, désinstallé et non pas dans le passé, bâtisseur de ses propres traditions et de ses formes ou des idées immuables, conquérant et non pas contemplatif, technicien et urbain et non pas paysan, attaché aux villes, aux ports, aux palais et aux temples et non aux terroirs (domaines des assujettis), etc.

En réalité, l’esprit des traditionalistes actuels fait intégralement partie de la civilisation occidentale et marchande, comme les musées font partie également de la civilisation du supermarché. Le traditionalisme est la part d’ombre, la justification, le cimetière vivant du bourgeois moderne.

Il lui apporte un supplément d’âme. Il lui fait croire qu’il n’est pas grave ni conséquent d’aimer New York, les feuilletons télévisés et le rock, à condition que l’on ait une « intériorité ».

Le traditionaliste est superficiel : esclave de ses idées pures et de ses contemplations, de ses jeux gratuits de philosophades, il considère au fond la pensée comme une distraction, comme un exercice agréable et vaguement esthétisant, à la manière d’un collectionneur – et non pas comme un des moyens de l’action, de la transformation du monde, de la construction de la culture.

Re-naissance

Le traditionaliste croit que les valeurs et les idées préexistent à l’action. Il ne comprend pas que l’action précède tout, comme le disait Goethe, et que c’est par la combinaison dynamique de la volonté et de l’action que naissent à posteriori les idées et les valeurs.

Voilà qui nous éclaire sur la véritable fonction jouée par les idéologies traditionalistes au sein de la «droite » anti-libérale. Le traditionalisme métaphysique est une justification pour abandonner tout combat, toute intention concrète d’une réalité européenne différente de celle d’aujourd’hui.

Il est l’expression idéologique du courant pseudo-révolutionnaire. Non seulement ses utopies régressives, ses considérations fumeuses et absconses, sa métaphysique oiseuse occasionnent fatalisme, inaction, perte d’énergie, mais il renforce l’individualisme bourgeois en prônant implicitement l’idéal – type du « penseur » – si possible contemplatif et désincarné – comme pivot de l’histoire. L’homme d’action et la personnalité historique véritable se voient alors dévalorisés.

Parce que le traditionaliste ne supporte pas, au tond, la « communauté », il la déclare impossible hic et nunc et s’en fait une représentation utopique et régressive repoussée dans les brumes d’on ne sait quelle « tradition » primate.

En ce sens, le traditionalisme « anti-moderne » et « anti-bourgeois » appartient objectivement au système des idéologies bourgeoises. De même, sa haine du « présent » constitue un bon moyen, un habile prétexte pour déclarer impossible toute construction historique concrète, même contre ce présent.

Entretenant – et c’est là le centre de son discours – une confusion absurde entre la « modernité » de la civilisation européenne technico-industrielle et « l’esprit moderne » des idéologies égalitaires et occidentales (qu’il déclare, sans preuve, liés l’un à l’autre), il défigure, dévalorise (parfois au profit d’un Tiers-monde « traditionnel » idéalisé), et abandonne à l’esprit occidental et américain, le génie même de la civilisation européenne.

Comme le judéo-christianisme, mais d’une autre manière, le traditionaliste dit « Non » au monde et par là même porte atteinte à la tradition de sa propre culture. Au fond, un traditionaliste, c’est quelqu’un qui n’a jamais compris ce que c’était qu’une tradition, comme un idéaliste est quelqu’un qui n’a jamais compris ce que c’était une idée.

Du point de vue de la « pensée », enfin, puisque c’est là le cheval de bataille du traditionalisme métaphysique, qu’y a-t-il de plus attentatoire à l’esprit, de plus contraire à la qualité du débat des idées et à la réflexion que les rendre gratuits et contemplatifs, que de les désincarner de tout projet « politique » (au sens nietzschéen), que de les détourner sur la voie de garage d’une sorte d’élitisme de bibliothèque ou d’un narcissisme d’autodidacte salarié ?

Osons liquider les évoliens et les heideggeriens.

Mais lisons Evola et Heidegger : pour les mettre en perspective, plutôt que de les châtrer sur du papier glacé. »

Guillaume Faye, Article tiré de « Lutte du Peuple », numéro 32, 1996.

Source : Guillaume Faye archive

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