Archive pour la catégorie ‘Sagas’

Destin

Konstantín Alexeyevich Vasilyev

« [...] Pour la saga, l’homme est en grande partie responsable de son destin, je dirai même maître de son destin. On possède de cela d’innombrables illustrations, la plus tragique étant celle de Gísli le proscrit (« Gísla saga Súrssonar »), la plus touchante, celle d’Audunn des fjords de l’ouest (« Audunar tháttr vestfirzka »). L’homme des sagas n’a pas choisi d’être tel qu’il est, mais il lui appartient : d’admettre ce qu’il est, de l’accepter, de l’assumer. Dans cette série de verbes tient toute la grandeur épique des sagas. Notion grandiose, et d’un caractère tragique éminent. Ce qui fait la grandeur de l’homme, ce n’est pas une révolte, vaine, contre le destin : c’est de le prendre à son compte, de s’en faire l’artisan lucide, volontaire, conscient. Alors, les perspectives se renversent : il n’y a plus de victime de la fatalité. Bien avant Spinoza, les anciens Islandais savaient que la liberté est consentement à un ordre. Rien d’écrasé, d’implorant ni de tremblant dans leur attitude. Plutôt une grande volonté de se connaître, de s’accepter, puis de s’accomplir. »

Régis Boyer, « Mœurs et psychologie des anciens Islandais », I – Conception du destin, p. 18, éditions du Porte-Glaive, 1987.

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Un jour, il faut mourir…

« Ne pleurniche pas, vieil homme,
Si tu es pris dans la tempête,
Tu as connu l’amour des belles,
Un jour, il faut mourir. »

Sturlunga Saga

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Virilité féminine

« Eyjólfr déclare qu’auparavant, il veut aller voir Audr. Ils arrivent à la ferme, entrent et, encore une fois, Eyjólfr se met à converser avec Audr. Il prend la parole en ces termes : « Je voudrais faire un marché avec toi, Audr, dit-il. Je voudrais que tu me dises où est Gísli et je te donnerai trois cents d’argent, ceux-là mêmes que j’ai reçus pour avoir sa tête. Quand nous le tuerons tu ne seras pas présente. S’ensuivra également que je te remarierai et te trouverai un parti bien meilleur que celui-ci. Tu peux encore considérer, dit-il, quel désavantage c’est pour toi que de rester dans ce fjord désolé, de subir tel sort à cause de la mauvaise chance de Gísli et de ne jamais voir tes parents et relations. » Elle répond : « Ça m’étonnerait beaucoup, dit-elle, que tu me trouves un parti qui me paraisse valoir l’actuel. Pourtant, c’est vrai, ce que l’on dit, que l’argent est la meilleure des choses après la mort. Fais-moi voir si cet argent est aussi abondant et aussi beau que tu me le dis. » Il pose l’argent sur ses genoux, elle plonge la main dedans, et il le compte et le lui montre. Gudrídr, sa fille adoptive, se met à pleurer.

Ensuite, Gudrídr sort et va trouver Gísli et lui dit : « Ma mère adoptive vient de devenir folle. Elle veut te trahir. » Gísli dit : « Ne t’afflige pas, car ce ne seront pas les tromperies d’Audr qui seront causes de ma mort », et il déclama une vísa :

« On me dit que ma femme
Avec grande scélératesse
Se prépare
À trahir son mari.
Mais je sais
Qu’elle se tient assise et pleure.
Je ne crois pas
Qu’il soit vrai qu’elle fasse cela. »

Après cela, la jeune fille revient à la maison et ne dit pas où elle est allée. Eyjólfr vient alors de terminer de compter l’argent, et Audr dit : « En aucune façon, l’argent n’est ni moins abondant ni moins bon que ce que tu m’en as dit. Et tu admettras que j’aie le droit d’en faire ce que bon me semble. » Eyjólfr accueille ses paroles avec satisfaction, et la prie en effet d’en faire ce qu’elle veut. Audr prend donc l’argent et le verse dans une grande bourse, puis elle se lève et jette la bourse avec l’argent dedans sur le nez d’Eyjólfr, si bien que le sang jaillit, et elle dit : « Reçois donc cela pour ta crédulité, et tout le mal avec. Il n’y avait aucun espoir que je te livre mon mari, à toi, mauvais homme. Reçois cela, et reçois avec honte et couardise à la fois. Tant que tu vivras, misérable, tu te rappelleras qu’une femme t’a châtié. » »

« Saga de Gísli Súrsson »

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Les Sagas islandaises – La Saga de Gisli Sursson



Les Sagas islandaises

Ce volume contient les oeuvres suivantes :

Saga d’Egill, fils de Grímr le Chauve
Saga de Snorri le Godi
Sagas du Vínland
Saga des gens du Val-au-Saumon
Saga de Gísli Súrsson
Saga des frères jurés
Saga de Hávardr de l’Ísafjördr
Saga de Grettir
Saga des chefs de Val-au-Lac
Saga de Glúmr le Meurtrier
Saga des gens du Svarfadardalr
Saga de Hrafnkell Godi-de-Freyr
Saga de Njáll le Brûlé

Traduit de l’islandais par Régis Boyer
Gallimard – La Pléiade
1993 pages

*

Moins cher, 2€, et plus court, 105 pages :



La Saga de Gisli Sursson

«
La belle femme
Qui réjouit mon coeur
Entendra parler de l’attaque audacieuse
Qu’a subie son vaillant ami.
Je suis tombé
Inébranlable devant l’épée.
Mon père m’a légué
Telle endurance.
»

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