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	<title>Du Haut Des Cimes</title>
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	<description>Orientations existentielles dans une époque de dissolution</description>
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		<title>Le droit des gens européen</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Mar 2010 21:05:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dominique Venner]]></category>

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		<description><![CDATA[
« Quelque soit son masque, le conflit est universel. Ainsi que le disait Héraclite, le conflit est père de toute chose, il est inscrit dans la vie de l&#8217;univers et dans la nature des hommes. Cela est si vrai que les religions qui se réclament de l&#8217;amour ont elles-même pourchassé leurs hérétiques avec férocité et béni [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Soupe_au_lait_de_Kappel"><img class="aligncenter size-full wp-image-1384" title="Albert Anker - &quot;Kappeler Milchsuppe&quot;, 1869" src="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/03/Anker_Kappeler_Milchsuppe_18692.jpg" alt="" width="500" height="355" /></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Soupe_au_lait_de_Kappel"></a>« Quelque soit son masque, le conflit est universel. Ainsi que le disait Héraclite, le conflit est père de toute chose, il est inscrit dans la vie de l&#8217;univers et dans la nature des hommes. Cela est si vrai que les religions qui se réclament de l&#8217;amour ont elles-même pourchassé leurs hérétiques avec férocité et béni le bras armé qui les soutenait de sa force et assurait leurs conquêtes. Aussi choquant que cela soit pour l&#8217;esprit, toute l&#8217;histoire montre que haïr, autant qu&#8217;aimer, fait partie de l&#8217;humanité des hommes. Une expérience constante prouve aussi que se mobiliser contre un ennemi est le facteur le plus puissant de la cohésion du groupe.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">À la fin d&#8217;une vie consacrée à lutter contre la guerre, Gaston Bouthoul, le fondateur de la polémologie, fit cet aveu ironique : « Durant ma longue carrière, j&#8217;ai bien souvent parlé à des auditoires de pacifistes. Il est bien rare que je n&#8217;y aie pas rencontré des réactions combatives, sinon bellicistes, et, très souvent aussi, la nostalgie de la violence et de son pouvoir simplificateur. Les pacifistes se croient pacifiques, mais leur inconscient ne l&#8217;est pas. » Désabusé, il ajoutait : Tout homme a dans le cœur un guerrier qui sommeille. Chacun porte au fond de lui des buts de guerre qui enchantent ses rêves. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Depuis toujours, le conflit surgit quand un groupe hostile, clan de chasseurs, nomades ou puissance organisée, pénètre dans un cercle vital d&#8217;un autre groupe. En dehors d&#8217;une conciliation, il appartient à la force de trancher. Le vainqueur s&#8217;empare des femmes et des richesses du vaincu écrasé ou exterminé. Il s&#8217;empare même parfois de son âme. L&#8217;histoire ne connait que les vainqueurs et maudit les vaincus. Il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi, quelles que soient les apparences flatteuses et les justifications mensongères que le vainqueur donne à sa guerre et à sa victoire. Enregistrer cette constante ne signifie pas qu&#8217;il faudrait la subir comme une fatalité. Le propre d&#8217;une civilisation est d&#8217;imposer sa forme aux fatalités. La réalité permanente de la violence doit être prise en compte pour en maîtriser les excès non par des discours vertueux ou indignés, mais par une action opiniâtre et réfléchie dont l&#8217;époque classique européenne donne l&#8217;exemple, en harmonie avec la philosophie de la mesure implicite dès Homère, puis explicite chez Aristote comme chez les Stoïciens.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Après les monstruosités de la guerre de Trente Ans, lors des traités de Westphalie de 1648, sous l&#8217;effet de la sécularisation du pouvoir et d&#8217;un retour à la philosophie antique, se mettent en place en Europe un droit de la guerre et un droit des gens (jus publicum oeuropaeum) qui font écho à l&#8217;idée de la guerre limitée développée par Platon à l&#8217;occasion de sa polémique avec Antiphon. Le but est de contenir la guerre dans certaines limites en récusant la notion augustinienne de la « guerre juste ». Ce droit des gens se fonde sur la distinction entre les armées et les populations civiles que l&#8217;on veut épargner. Il se fonde aussi sur la symétrie entre les États. Chacun d&#8217;eux est considéré comme juge de la licéité de la guerre (droit de la faire ou non). Tous les États reconnaissent réciproquement que la cause de chacun est juste (égalité juridique et morale). Cette conception permet de négocier un vrai traité de paix puisque l&#8217;ennemi de la veille n&#8217;est pas un criminel, mais un adversaire ayant lutté pour une juste cause, la sienne, avec qui il convient de définir un nouvel équilibre par des concessions mutuelles. Ainsi respecté, l&#8217;ancien ennemi peut devenir l&#8217;allier du lendemain. Ce droit des gens européen irrigua la civilisation européenne à son apogée, que célébra Voltaire en 1751 dans son Siècle de Louis XIV. Il fut une première fois écorné par la Révolution française et le jacobinisme, mais il fut rétabli après 1815. Il ne fut abandonné qu&#8217;après 1918 et plus encore après 1945. Entre-temps, le jacobinisme incarné par Clemenceau, la révolution bolchevique, le nazisme et le puritanisme américain avaient réintroduit sous des formes nouvelles l&#8217;idée de la « guerre juste » et la criminalisation de l&#8217;ennemi. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Dominique Venner, « Histoire et tradition des Européens », éditions du Rocher, 2004, pp. 238-240.</span></p>
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		<title>Lis aubre&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Mar 2010 22:22:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Frédéric Mistral]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#171;&#160;Lis aubre que van founs soun li que mounton aut&#160;&#187;
~

&#171;&#160;Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut&#160;&#187;
~

Frédéric Mistral

]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1379" title="_" src="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/03/arbre-450.jpg" alt="" width="450" height="295" /></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;"><span style="color: #003366;">&laquo;&nbsp;Lis aubre que van founs soun li que mounton aut&nbsp;&raquo;</span></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;">~<br />
</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;">&laquo;&nbsp;Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;">~<br />
</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;"><span style="color: #003366;">Frédéric Mistral</span><br />
</span></p>
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		<title>&#171;&#160;Moi, Antonius Block&#8230;&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Mar 2010 21:50:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Ingmar Bergman]]></category>

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		<description><![CDATA[Extrait de &#171;&#160;Le Septième Sceau&#160;&#187; (Det sjunde inseglet), de Ingmar Bergman, 1957.


&#171;&#160;Et moi&#8230; Moi, Antonius Block&#8230; Je joue aux échecs avec la Mort&#8230;&#160;&#187;
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #003366;">Extrait de &laquo;&nbsp;Le Septième Sceau&nbsp;&raquo; (Det sjunde inseglet), de Ingmar Bergman, 1957.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center;"><!-- Smart Youtube --><span class="youtube"><object width="425" height="355"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/r3mqnrcHo0g&amp;rel=1&amp;color1=d6d6d6&amp;color2=f0f0f0&amp;border=&amp;fs=1&amp;hl=en&amp;autoplay=&amp;showinfo=0&amp;iv_load_policy=3&amp;showsearch=0" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><embed wmode="transparent" src="http://www.youtube.com/v/r3mqnrcHo0g&amp;rel=1&amp;color1=d6d6d6&amp;color2=f0f0f0&amp;border=&amp;fs=1&amp;hl=en&amp;autoplay=&amp;showinfo=0&amp;iv_load_policy=3&amp;showsearch=0" type="application/x-shockwave-flash" allowfullscreen="true" width="425" height="355" ></embed><param name="wmode" value="transparent" /></object></span></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #003366;">&laquo;&nbsp;Et moi&#8230; Moi, Antonius Block&#8230; Je joue aux échecs avec la Mort&#8230;&nbsp;&raquo;</span></em></p>
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		<title>Fierté</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Mar 2010 21:29:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Friedrich Nietzsche]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Heidegger]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#171;&#160;On dit tant de sottises sur la fierté &#8211; et le christianisme l&#8217;a même fait ressentir comme un péché ! En fait : qui exige et obtient de soi quelque chose de grand doit se sentir très loin de ceux qui ne le font pas &#8211; cette distance est interprétée par les autres comme une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1369" title="Aigle" src="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/03/24411099aigle1-jpg.jpg" alt="" width="421" height="465" /></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">&laquo;&nbsp;On dit tant de sottises sur la fierté &#8211; et le christianisme l&#8217;a même fait ressentir comme un péché ! En fait : qui exige et obtient de soi quelque chose de grand doit se sentir très loin de ceux qui ne le font pas &#8211; cette distance est interprétée par les autres comme une &laquo;&nbsp;haute opinion de soi-même&nbsp;&raquo; ; mais celui-là ne la connaît (la distance) que comme travail incessant, guerre, victoire, de jour et de nuit : de tout cela les autres ne savent rien !&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Friedrich Nietzsche, cité par Martin Heidegger in &laquo;&nbsp;Qui est le Zarathoustra de Nietzsche ?&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;Essais et conférences&nbsp;&raquo;, Tel Gallimard, pp. 144-145.</span></p>
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		<title>Mnémosyne</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 20:21:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Friedrich Nietzsche]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Heidegger]]></category>

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		<description><![CDATA[
« Mnémosyne, la fille de Ciel et Terre, devient, comme fiancée de Zeus, en neuf nuits la Mère des Muses. Jeu et Musique, Danse et Poésie appartiennent au sein de Mnémosyne, à la Mémoire. Il est manifeste que ce mot désigne autre chose que la seule faculté, déterminable par la psychologie, de retenir le passé dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><a href="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/03/foret052.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1366" title="Éclaircie" src="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/03/foret052.jpg" alt="" width="495" height="371" /></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><a href="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/03/foret052.jpg"></a>« Mnémosyne, la fille de Ciel et Terre, devient, comme fiancée de Zeus, en neuf nuits la Mère des Muses. Jeu et Musique, Danse et Poésie appartiennent au sein de Mnémosyne, à la Mémoire. Il est manifeste que ce mot désigne autre chose que la seule faculté, déterminable par la psychologie, de retenir le passé dans la représentation. Mémoire pense à ce qui a été pensé. Mais, étant le nom de la Mère des Muses, « Mémoire » ne signifie pas une pensée quelconque de n&#8217;importe quel pensable. Mémoire est le rassemblement de la pensée sur ce qui partout désirerait être déjà gardé dans la pensée. Mémoire est le rassemblement de la pensée fidèle. Elle protège auprès d&#8217;elle et elle enfouit en elle ce à quoi il faut chaque fois penser à l&#8217;avance en tout ce qui est et qui se révèle à nous comme l&#8217;étant, comme étant le rassemblement de l&#8217;être (als Wesendes, Gevesendes). Mémoire, la Mère des Muses ! La pensée fidèle à ce qui demande à être pensé est le fond d&#8217;où sourd la poésie. La poésie ce sont les eaux, qui parfois coulent à rebours vers la source, vers la pensée comme pensée fidèle. Aussi longtemps cependant que nous croirons pouvoir attendre de la logique un éclaircissement sur ce qu&#8217;est la pensée, aussi longtemps nous ne pourrons nous mettre à penser la façon dont toute poésie repose dans la pensée fidèle. Tout ce qui tombe sous la poésie jaillit du « recueillement auprès&#8230; » qui est celui de la pensée fidèle. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">[…]</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">« On parlait, il y a une génération, du « déclin de l&#8217;Occident ». Aujourd&#8217;hui l&#8217;on parle de « la perte de l&#8217;équilibre ». Partout on poursuit et partout on voit se dessiner la déchéance, la destruction, l&#8217;anéantissement menaçant du monde. Il y a partout un certain genre de reportage romancé qui ne fouille que sur les pentes et dans les bas-fonds. C&#8217;est d&#8217;une certaine façon littérairement plus facile que de dire quelque chose d&#8217;essentiel et de vraiment pensé. D&#8217;une autre façon, ce genre de littérature commence déjà à se faire ennuyeux. On trouve que le monde n&#8217;est pas seulement en dislocation, mais qu&#8217;il roule au néant du non-sens. Nietzsche dit – qui voyait bien au-delà de tout cela, des sommets où il se tenait dans les années quatre-vingts du siècle passé – Nietzsche dit sur ce sujet cette parole simple, parce que pensée : « Le désert croît&#8230; » Ce qui veut dire : La désolation s&#8217;étend. Désolation est plus que destruction. Désolation est plus sinistre qu&#8217;anéantissement. La destruction abolit seulement ce qui a crû et qui a été édifié jusqu&#8217;ici. Mais la désolation barre l&#8217;avenir à la croissance et empêche toute édification. La désolation est plus sinistre que le simple anéantissement. Lui aussi abolit, et même encore le rien, tandis que la désolation cultive précisément et étend tout ce qui garotte et tout ce qui empêche. Le Sahara en Afrique n&#8217;est qu&#8217;une forme de désert. La désolation de la terre peut s&#8217;accompagner de l&#8217;atteinte du plus haut standing de vie de l&#8217;homme, et aussi bien de l&#8217;organisation d&#8217;un état de bonheur uniforme de tous les hommes. La désolation peut être la même chose dans les deux cas et tout hanter de la façon la plus sinistre, à savoir en se cachant. La désolation n&#8217;est pas un simple ensablement. La désolation est, à la cadence maxima, le bannissement de Mnémosyne. La parole : « Le désert croît&#8230; » vient d&#8217;un autre lieu que les jugements courants sur notre temps. « Le désert croît&#8230; », disait Nietzsche il y a près de soixante-dix ans ; et il ajoute : « Malheur à celui qui protège le désert ! » »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Martin Heidegger, « Qu&#8217;appelle-t-on penser ? », Cours du semestre d&#8217;hiver 1951-1952, puf 2008, pp. 29-30 et 35-36.</span></p>
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		<title>Nietzsche et le renversement du platonisme</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Feb 2010 19:46:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Friedrich Nietzsche]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Heidegger]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#171;&#160;Le renversement du platonisme, renversement suivant lequel les choses sensibles deviennent pour Nietzsche le monde vrai et les choses suprasensibles le monde illusoire, reste entièrement à l&#8217;intérieur de la métaphysique. Cette façon de dépasser la métaphysique, que Nietzsche envisage, à savoir dans le sens du positivisme du XIX ème siècle, marque seulement, quoique sous une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1362" title="Ouroboros" src="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/02/ourobo10.jpg" alt="" width="469" height="409" /></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><a href="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/02/ourobo10.jpg"></a>&laquo;&nbsp;Le renversement du platonisme, renversement suivant lequel les choses sensibles deviennent pour Nietzsche le monde vrai et les choses suprasensibles le monde illusoire, reste entièrement à l&#8217;intérieur de la métaphysique. Cette façon de dépasser la métaphysique, que Nietzsche envisage, à savoir dans le sens du positivisme du XIX ème siècle, marque seulement, quoique sous une forme différente et supérieure, que l&#8217;on ne peut plus s&#8217;arracher à la métaphysique. Il semble à vrai dire que le <em>méta-</em>, le passage par transcendance au suprasensible, soit ici écarté en faveur d&#8217;une installation à demeure dans le côté &laquo;&nbsp;élémentaire&nbsp;&raquo; de la réalité sensible, alors que l&#8217;oubli de l&#8217;être est simplement conduit à son achèvement et que le suprasensible, en tant que volonté de puissance, est libéré et mis en action.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">[...] La volonté de volonté, sans qu&#8217;elle puisse elle-même le savoir ni tolérer un savoir à ce sujet, s&#8217;oppose à tout destin : par ce mot nous entendons ici l&#8217;attribution d&#8217;une manifestation possible de l&#8217;être de l&#8217;étant. La volonté de volonté durcit toute chose et la conduit dans l&#8217;absence de destin.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Martin Heidegger, &laquo;&nbsp;Dépassement de la métaphysique&nbsp;&raquo;, in &laquo;&nbsp;Essais et conférences&nbsp;&raquo;, Tel Gallimard, p. 91.</span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Aux îles fortunées</title>
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		<pubDate>Sat, 20 Feb 2010 17:03:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Friedrich Nietzsche]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#171;&#160;Les figues tombent des arbres. Elles sont douces et sucrées, et en tombant, leur pelure rouge éclate. Je suis l&#8217;aquilon qui abat les figues mûres.
Ainsi mes préceptes tombent à vos pieds, mes amis, pareils à des figues mûres ; buvez-en le suc et la pulpe fraîche. L&#8217;automne nous environne, et le ciel pur de l&#8217;après-midi.
Voyez [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;"><img class="size-full wp-image-1348 aligncenter" title="Lofoten - Norvège" src="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/02/Olivier-M-riel-Lofoten-Islands-Norway-1997-54616.jpg" alt="" width="413" height="293" /></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><a href="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/02/Olivier-M-riel-Lofoten-Islands-Norway-1997-54616.jpg"></a>&laquo;&nbsp;Les figues tombent des arbres. Elles sont douces et sucrées, et en tombant, leur pelure rouge éclate. Je suis l&#8217;aquilon qui abat les figues mûres.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Ainsi mes préceptes tombent à vos pieds, mes amis, pareils à des figues mûres ; buvez-en le suc et la pulpe fraîche. L&#8217;automne nous environne, et le ciel pur de l&#8217;après-midi.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Voyez autour de nous quelle abondance ! C&#8217;est du sein de la profusion qu&#8217;il est beau de jeter un regard sur les mers lointaines.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Jadis on invoquait Dieu en laissant errer ses regards sur les mers lointaines ; mais moi je vous ai appris à invoquer le Surhumain.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Dieu n&#8217;est qu&#8217;une conjecture, mais je ne veux pas que vos conjectures dépassent la mesure de votre vouloir créateur.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Pourriez-vous <em>créer</em> un dieu ? Ne me parlez donc plus des dieux ! Mais le Surhumain, vous pouvez le créer.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Non pas en vous peut-être, mes frères, mais vous pouvez devenir les pères et les ancêtres du Surhumain ; c&#8217;est ce que vous pouvez créer de mieux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Dieu est une conjecture, mais je veux que vos conjectures se tiennent dans les limites du pensable.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Pouvez-vous <em>penser</em> Dieu ? Mais il faut que votre volonté de trouver le Vrai transforme toute chose en réalité pensable à l&#8217;homme, visible à l&#8217;homme, sensible à l&#8217;homme. Il vous faut pousser la pensée jusqu&#8217;à la limite de vos propres sens.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Et ce que vous appeliez le monde, il vous faudra commencer par le créer à nouveau. Il faut que vous y incarniez votre raison, votre image, votre vouloir, votre amour. Et c&#8217;est là, en vérité, que vous trouverez votre félicité, disciples de la Connaissance.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Et comment apporteriez-vous la vie sans cette espérance, disciples de la Connaissance ? Vous ne sauriez avoir été placés par la naissance dans un monde inconcevable ni dans un monde irrationnel.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Et pour vous ouvrir tout mon cœur, mes amis, je vous dirai : S&#8217;il y avait des dieux, comment supporterais-je de n&#8217;être pas Dieu ? <em>Donc</em>, il n&#8217;y a pas de dieux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Voilà la conclusion que j&#8217;ai tirée, mais à son tour elle me tire à sa suite.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Dieu n&#8217;est que conjecture ; mais qui pourrait épuiser tous les tourments de cette conjecture sans en mourir ? Faudra-t-il prendre au créateur sa foi, à l&#8217;aigle son vol plané dans les hauteurs qui sont siennes ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Dieu est une pensée qui tord tout ce qui est droit et fait tournoyer tout ce qui est ferme. Hé quoi ? Le temps s&#8217;évanouirait, et les choses éphémères ne seraient que mensonge ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Cette pensée donne le vertige et le tournis au squelette humain et la nausée à l&#8217;estomac ; en vérité, une pareille conjecture est de celles qui font tourner la tête.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">J&#8217;appelle malignes et inhumaines toutes ces théories d&#8217;un Être unique et absolu et immuable et satisfait et impérissable.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">L&#8217;impérissable &#8211; n&#8217;est que symbole. Et les poètes ne mentent que trop.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Mais les meilleurs symboles sont ceux qui parlent du temps et du devenir ; ils doivent être louange et justification de tout l&#8217;éphémère.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Créer &#8211; voilà ce qui nous affranchit de la douleur, ce qui allège la vie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Mais pour que naisse le créateur, il faut beaucoup de douleur et de nombreuses métamorphoses.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Oui, votre vie sera riche en amères agonies, ô créateurs ! Et c&#8217;est ainsi que vous vous ferez les défenseurs, les avocats de tout l&#8217;éphémère.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Si le créateur doit être lui-même l&#8217;enfant qu&#8217;il s&#8217;agit de mettre au monde, il faut qu&#8217;il accepte d&#8217;être aussi la mère en gésine et les douleurs de l&#8217;enfantement.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">En vérité, ma route m&#8217;a fait passer à travers des centaines d&#8217;âmes, des centaines de berceaux et de douloureux enfantements. J&#8217;ai passé par bien des départs, je connais le déchirement des heures dernières.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Mais tel est mon vouloir créateur, mon destin. Ou, pour vous parler franc, tel est le destin que m&#8217;impose mon vouloir.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Tout l&#8217;être sensible souffre en moi de se sentir prisonnier, mais toujours mon vouloir intervient pour m&#8217;affranchir et me donner la joie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Vouloir est délivrance ; telle est la vraie conception du vouloir et de la liberté ; voilà l&#8217;enseignement de Zarathoustra.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Ne plus vouloir, ne plus juger, ne plus créer ! Ô ! puisse cette grande lassitude me demeurer toujours étrangère !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Dans la recherche de la connaissance, je n&#8217;éprouve jamais que le plaisir de ma volonté, occupée à engendrer, à grandir ; et si ma connaissance conserve en moi son innocence, c&#8217;est parce qu&#8217;elle garde toujours la volonté d&#8217;être féconde.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">C&#8217;est cette volonté qui m&#8217;a écarté de Dieu et des dieux ; que nous resterait-il à créer, s&#8217;il existait des dieux ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Mais toujours me ramène vers les hommes mon fervent vouloir créateur ; tel le ciseau attiré par la pierre.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Hélas ! ô humains, c&#8217;est dans la pierre que dort l&#8217;image que je cherche, celle qui est pour moi l&#8217;image entre toutes les images. Hélas ! pourquoi faut-il qu&#8217;elle dorme dans la plus dure, la plus laide des gangues ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">À présent le ciseau s&#8217;acharne cruellement contre sa prison. La pierre vole en éclats ; mais que m&#8217;importe ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">J&#8217;achèverai ma statue, car une Ombre m&#8217;est apparue, tout ce qu&#8217;il y a de silencieux et de léger au monde m&#8217;est un jour apparu.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">La beauté du Surhumain m&#8217;est apparue comme une Ombre. Ah ! mes frères, que m&#8217;importent désormais &#8211; les dieux ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Ainsi parlait Zarathoustra.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><span style="color: #003366;">Friedrich Nietzsche, &laquo;&nbsp;Ainsi parlait Zarathoustra&nbsp;&raquo;, II &#8211; &laquo;&nbsp;Aux îles fortunées&nbsp;&raquo;.</span><br />
</span></p>
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		<title>Destin</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Feb 2010 19:08:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Régis Boyer]]></category>
		<category><![CDATA[Sagas]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#171;&#160;[...] Pour la saga, l&#8217;homme est en grande partie responsable de son destin, je dirai même maître de son destin. On possède de cela d&#8217;innombrables illustrations, la plus tragique étant celle de Gísli le proscrit (« Gísla saga Súrssonar&#160;&#187;), la plus touchante, celle d&#8217;Audunn des fjords de l&#8217;ouest (« Audunar tháttr vestfirzka&#160;&#187;). L&#8217;homme des sagas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;"><img class="size-full wp-image-1331 aligncenter" title="Konstantín Alexeyevich Vasilyev" src="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/02/FOR_T.JPG" alt="Konstantín Alexeyevich Vasilyev" width="245" height="500" /></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">&laquo;&nbsp;[...] Pour la <a href="http://dhdc2917.eu/category/sagas/">saga</a>, l&#8217;homme est en grande partie responsable de son destin, je dirai même maître de son destin. On possède de cela d&#8217;innombrables illustrations, la plus tragique étant celle de Gísli le proscrit (</span><span style="color: #003366;">« </span><span style="color: #003366;">Gísla saga Súrssonar&nbsp;&raquo;), la plus touchante, celle d&#8217;Audunn des fjords de l&#8217;ouest (</span><span style="color: #003366;">« </span><span style="color: #003366;">Audunar tháttr vestfirzka&nbsp;&raquo;). L&#8217;homme des sagas n&#8217;a pas choisi d&#8217;être tel qu&#8217;il est, mais il lui appartient : d&#8217;admettre ce qu&#8217;il est, de l&#8217;accepter, de l&#8217;assumer. Dans cette série de verbes tient toute la grandeur épique des sagas. Notion grandiose, et d&#8217;un caractère tragique éminent. Ce qui fait la grandeur de l&#8217;homme, ce n&#8217;est pas une révolte, vaine, contre le destin : c&#8217;est de le prendre à son compte, de s&#8217;en faire l&#8217;artisan lucide, volontaire, conscient. Alors, les perspectives se renversent : il n&#8217;y a plus de victime de la fatalité. Bien avant Spinoza, les anciens Islandais savaient que la liberté est consentement à un ordre. Rien d&#8217;écrasé, d&#8217;implorant ni de tremblant dans leur attitude. Plutôt une grande volonté de se connaître, de s&#8217;accepter, puis de s&#8217;accomplir.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Régis Boyer, &laquo;&nbsp;Mœurs et psychologie des anciens Islandais&nbsp;&raquo;, I &#8211; Conception du destin, p. 18, éditions du Porte-Glaive, 1987.</span></p>
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		<title>Les aèdes</title>
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		<pubDate>Sat, 13 Feb 2010 20:39:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jacob Burckhardt]]></category>

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		<description><![CDATA[« Les aèdes ont sans doute été les premiers grands découvreurs et maîtres de la langue grecque et très certainement les créateurs du dialecte qui devint compréhensible aux Grecs parlant tous les dialectes. À vrai dire leur style et la forme extérieure, l&#8217;hexamètre, ne nous sont connus qu&#8217;à travers son exemple le plus achevé, à travers [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><img class="alignleft size-full wp-image-1326" style="margin: 9px;" title="Nils Johan Olsson Blommér - &quot;Brage sittande vid harpan, Idun stående bakom honom&quot; (Bragi assis jouant de la harpe, Iðunn debout derrière lui)" src="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/02/Idunn_and_Bragi_by_Blommer.jpg" alt="Nils Johan Olsson Blommér - &quot;Brage sittande vid harpan, Idun stående bakom honom&quot; (Bragi assis jouant de la harpe, Iðunn debout derrière lui)" width="326" height="483" />« Les aèdes ont sans doute été les premiers grands découvreurs et maîtres de la langue grecque et très certainement les créateurs du dialecte qui devint compréhensible aux Grecs parlant tous les dialectes. À vrai dire leur style et la forme extérieure, l&#8217;hexamètre, ne nous sont connus qu&#8217;à travers son exemple le plus achevé, à travers Homère. Leur lourde tâche d&#8217;aèdes avait vraiment de quoi remplir une vie, et à côté de cela, ils n&#8217;auraient pu se charger encore de la divination, de la guérison des maladies ou d&#8217;une fonction sacerdotale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Et leur chant, malgré tous les dieux et toutes les croyances qu&#8217;il pouvait renfermer, n&#8217;avait pas besoin de prêtres pour se faire entendre. Ce sont les génies du chant, les Muses, de qui le jeune berger Hésiode reçoit directement sa place et sa consécration, et le récit qu&#8217;il en fait brille de la naïveté des premiers âges. Ton et poésie ont ici de bien plus grands patrons qu&#8217;aucun prêtre n&#8217;aurait pu l&#8217;être, à savoir les dieux eux-mêmes, Apollon, Hermès et les Muses déjà nommées ; sur l&#8217;Olympe, ce n&#8217;est que chant et musique. En dehors de ces dieux, ses prédécesseurs sur terre deviennent eux aussi pour l&#8217;aède des figures merveilleuses avec leurs propres mythes, le plus souvent tragiques.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Mais si nous voulons connaître avec exactitude son rapport avec les auditeurs, il nous faut faire abstraction de tout ce qui nous entoure aujourd&#8217;hui. Rien ne nous est plus étranger qu&#8217;un peuple qui ne s&#8217;intéresse pas aux évènements du jour, mais demande avec insistance et ardeur d&#8217;être informé en détail sur les dieux et héros qu&#8217;il a créés, mais qui sont restés inachevés et effrayants, et qu&#8217;on lui présente maintenant parés d&#8217;une telle beauté et d&#8217;une telle vitalité. C&#8217;est sa propre existence, mais exprimée de façon sublime, et de plus l&#8217;image de l&#8217;univers entier : l&#8217;Olympe, la Terre et les Enfers, dans un vaste ensemble. Jamais sur terre la poésie n&#8217;est redevenue une nécessité aussi pressante ; car seuls les aèdes possèdent des informations sur ce tout et complètent cette information de génération en génération.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Leur emprise complète sur l&#8217;imagination de la nation forme un tout avec sa façon naïve de croire en ses récits, qui après tout sont son œuvre personnelle et peuvent fortement diverger entre eux. Le peuple qui les écoutait croyait certainement tout ce qu&#8217;il entendait et en désirait toujours plus. Dans cette grande image idéale de son être personnel et durable, il ne jouissait pour ainsi dire que de réalités éternelles, alors qu&#8217;aujourd&#8217;hui nous ne sommes entourés que de journaux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Les aèdes et leurs auditeurs n&#8217;ont pas été à ce point absorbés par leur sujet chez tous les peuples qui ont eu des épopées. Chez les Germains, ce que l&#8217;on rapportait sur les dieux était l&#8217;affaire d&#8217;une poésie profane, comme chez les Grecs, mais il y avait une sérieuse différence : « Dans le mythe germanique, l&#8217;esprit créateur qui l&#8217;a imaginé ne se laisse jamais prendre au mirage de sa réalité. Quelque extraordinaire qu&#8217;aient pu être ses rêves, il restait parfaitement conscient, au fond de lui-même, que tout était sa propre création, qu&#8217;il n&#8217;avait pas à considérer comme une réalité palpable, mais comme l&#8217;expression symbolique de rapports naturels et de préceptes moraux, et que malgré toute cette profondeur, tout ce sérieux, il ne s&#8217;en livrait pas moins à un jeu plein de fantaisie et de gaîté avec ses dieux et ses héros » (W. Jordan). Les Grecs, en revanche, semblent avoir été longtemps habités par la ferme volonté d&#8217;oublier le plus possible la signification originelle de leurs mythes et de tout concevoir de manière exclusivement épique, ce qui leur a permis d&#8217;atteindre une bien plus grande beauté épique ; ce qui manque &#8211; exception faite de la théogonie – c&#8217;est l&#8217;idée que le mythe pourrait être uniquement une enveloppe, une expression symbolique pour quelque chose qui se trouve située au-delà de lui ; forme et signification semblent parfaitement coïncider, du fait qu&#8217;un art savant en a réalisé la fusion. Toutes les tentatives visant à transformer spéculativement la religion, toutes les velléités tendant à concevoir le divin d&#8217;une manière abstraite ont dû rester impuissantes pendant de longs siècles, face à ce monde de belles figures.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">À présent si l&#8217;on veut juger de la valeur d&#8217;une religion uniquement d&#8217;après sa faculté plus ou moins grande de jeter les bases de la moralité, même les plus beaux polythéismes se situent en retrait de ce point, et celui des Grecs tout autant. Ses dieux, même une fois libérés de leur lugubre forme démonique passée, n&#8217;en restent pas moins, d&#8217;après leur origine, des forces naturelles, et comme ils sont nombreux, on n&#8217;accorde qu&#8217;une confiance très limitée à la puissance de chaque divinité – car la force universelle en général, le destin, se situe en dehors d&#8217;eux – tout comme une confiance très relative en leur bonté. Le culte infiniment riche des dieux ne doit pas nous déconcerter sur ce point. Notre question initiale : quel bien les Grecs retiraient-ils de leurs dieux ? se rapproche déjà un peu de la réponse : plus de bien qu&#8217;on ne saurait le dire, étant donné que ces dieux étaient issus de la conception que s&#8217;en faisait l&#8217;ensemble du peuple et avaient été façonnés par les plus hautes forces spirituelles dont ils disposaient et modelés à l&#8217;image des hommes pour de venir le miroir transfiguré de la nation, mais un bien qui n&#8217;était que très relatif, dès l&#8217;instant qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un symbole moral et d&#8217;un réconfort. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Jacob Burckhardt, « Histoire de la civilisation grecque », Tome II, II – Les Grecs et leurs dieux, pp. 48-51, L&#8217;Aire 2002.</span></p>
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		<title>Magnificence</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Feb 2010 21:25:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Martin Heidegger]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#171;&#160;Magnificence de ce qui est simple.
Seule la forme conserve la vision.
Mais la forme est œuvre de poète.
Quel homme, aussi longtemps qu&#8217;il fuit la tristesse, pourrait être jamais touché par un souffle vivifiant ?
La douleur dispense sa force de guérison, là où celle-ci est le moins soupçonnée.&#160;&#187;
Martin Heidegger, &#171;&#160;L&#8217;Expérience de la pensée&#160;&#187;, in &#171;&#160;Questions III et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1323" title="Sverige" src="http://dhdc2917.eu/wp-content/uploads/2010/02/pt59367.jpg" alt="Sverige" /></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;">&laquo;&nbsp;Magnificence de ce qui est simple.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;">Seule la forme conserve la vision.<br />
Mais la forme est œuvre de poète.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;">Quel homme, aussi longtemps qu&#8217;il fuit la tristesse, pourrait être jamais touché par un souffle vivifiant ?</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #003366;">La douleur dispense sa force de guérison, là où celle-ci est le moins soupçonnée.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #003366;">Martin Heidegger, <a href="http://skafka.net/archives/alice69/doc/exp_pens%E9e.htm">&laquo;&nbsp;L&#8217;Expérience de la pensée&nbsp;&raquo;</a>, in &laquo;&nbsp;Questions III et IV&nbsp;&raquo;, Tel Gallimard, p. 27.</span></p>
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